
Au sommaire de ce numéro n°003 :
- Colloque sur l'accord politique du 13 août 07
- Rencontres : Pregesco et femmes leaders
- le mot de la coordination : assumer ses responsabilités pour construire la paix ensemble
- Paroles aux membres : enjeux de sécurité et forces européennes
- Réflexion ; la présence d'une force multidisciplinaire apaisera-t-elle l'Est du Tchad ?
Au sommaire de ce numéro 002 :
- l'édito : Après l'accord politique, à quand l'accord de paix ?
- Activités du CSAPR : le Csapr en provinces, l'autoévaluation
- Contributions : Rétrospective de la société civile au Tchad
- Paroles aux membres
- La paix durable, c'est aussi...
- Réflexion : Un pas positif dans la recherche de la paix au Tchad
Ci-dessous, la version longue de l'éditorial
Dialogue oui, mais…
Depuis novembre 2002, les organisations de la société civile avaient appelé les différents acteurs tchadiens au dialogue pour éviter que le Tchad n’entre dans une nouvelle phase de rébellions, de fermeture de l’espace démocratique et politique ainsi que d’affaiblissement de l’Etat qui au lieu de fournir un service public décent et une protection minimale à ses citoyens se consacre à la guerre, au rétablissement de l’ordre par la manière forte.
Pourtant, trois ans après cet Appel à la Paix et à la Réconciliation, le climat politique s’était déjà crispé suite à la modification de la Constitution qui avait constitué une rupture du consensus de 1996. La tenue des élections présidentielles en mai 2006 a exacerbé ce climat politique tendu.
Mutineries dans l’armée, rupture avec un pouvoir dont certains étaient les piliers suite à des frustrations ou autres désaccords avec le Président, appétits aiguisés avec la perspective de la manne pétrolière, lutte pour la démocratisation du pays aussi peut être… La liste des motivations des départs en rébellion est longue et hétéroclite mais le résultat est le même : la constitution de mouvements politico-armés et des affrontements avec les forces gouvernementales qui mettent en péril, civils, développement du pays et qui dévastent villages et champs cultivables.
Alors que des milliards sont dépensés dans cette lutte, les fonctionnaires n’ont de cesse de réclamer une amélioration de leur niveau de vie, car si le coût de la vie a augmenté au Tchad à l’ère du pétrole, les salaires n’ont pas suivi cette évolution ce qui amène une précarité certaine pour une majorité de tchadiens.
Si le dialogue social n’est pas une réalité aujourd’hui, depuis quelques mois déjà le dialogue inter tchadien réunit quelques acteurs politiques de l’opposition et du pouvoir sous l’égide de la Commission Européenne. Par ailleurs, la Libye tente de concilier les positions du gouvernement tchadien et des nombreuses formations rebelles tchadiennes.
La société civile qui a toujours réclamé que soit privilégiée la voie du dialogue sur la force ne peut que saluer ces avancées mais elle reste vigilante car tout dialogue n’est pas vecteur de paix en soi. La crainte principale du CSAPR est qu’une fois de plus ces discussions, ces négociations débouchent sur un simple partage du pouvoir entre des acteurs qui, fatigués, résignés ou égoïstes, ne vont défendre que leurs seuls avantages et ne pas se préoccuper de la majorité des tchadiens, une majorité faut-il le rappeler otage de manœuvres politiques ou de luttes armées.
Dialoguer n’est pas simplement négocier un poste ou une amnistie mais négocier les conditions d’une paix durable ce qui implique les questions de sécurité (que fera-t-on des anciens combattants ? comment va-t-on récupérer les armes auprès des ex combattants mais également au sein des populations ? quelle gestion des différentes milices ? quelle réforme rationnelle de l’armée nationale ?…) mais également la problématique de la réconciliation nationale.
A ce titre, il ne serait pas responsable de fermer les yeux sur tous les crimes et exactions commis sur les populations par des hommes en armes ou par des autorités, par complicité active ou par inaction. Il faudra évidemment arriver au meilleur compromis entre une exigence de justice portée par les populations et la nécessaire paix qui demande des concessions.
En effet, il ne suffit pas que des leaders politiques, des seigneurs de guerre, des chefs rebelles et le gouvernement décident de signer un accord de réconciliation pour que la nation se réconcilie avec elle-même d’abord et avec ses dirigeants et son Etat ensuite.
Il ne suffit pas d’inviter des représentants des communautés de base, d’organisations de la société à apposer une signature au bas d’un obscur accord pour penser que la population portera cet accord et participera à sa réussite.
La population semble d’ailleurs d’autant plus sceptique quant à l’attention que porte le gouvernement à son bien-être alors que la crise sociale s’exacerbe et trouve peu d’écho auprès des dirigeants du pays.
Le CSAPR continue de croire qu’un dialogue qui veuille instaurer une paix durable ne peut se dérouler sans aborder les questions de fond ni sans inclure les forces sociales du pays qui concourent à la survivance du tissu social dans des situations de non paix non guerre pendant que les institutions de l’Etat regardent ailleurs.
En définitive, la question qu’il faut se poser c’est est-ce que la voix des corps sociaux, cette voix alternative n’est pas finalement la voix principale lorsque l’on recherche la paix durable ?
Voir le numéro 000 du mois de mai 2007 qui présente le CSAPR dans les grandes lignes.
Extrait de l'édito :
La Paix comme dénominateur commun
Le 16 novembre 2002, après un diagnostic sans complaisance de la situation socio-politique du Tchad, les forces sociales et politiques ont lancé un Appel à la Paix et à la Réconciliation allant dans l’intérêt de l’ensemble de la population tchadienne.
Venus d’horizons divers et ayant des statuts différents, organisations de la société civile, partis politiques, représentants des confessions religieuses et des chefs traditionnels, organes de presse se sont unis autour d’un dénominateur commun à savoir la recherche d’une paix et d’une réconciliation durable.
Le Comité de Suivi de l’Appel à la Paix et à la Réconciliation (CSAPR) mis en place pour réaliser le plan d’action de l’Initiative Paix et Réconciliation se compose uniquement d’organisations de société civile (Association de Défense des Droits de l’Homme, Syndicats, Associations de jeunes et de femmes, Commission Justice et Paix, Ong…) pour des raisons évidentes de neutralité.
Le CSAPR qui souhaite engager le Tchad dans un processus de paix passant par un dialogue national global a relevé quelques défis qui lui permette de continuer sa marche vers la paix.
Si en tant que membres de la société civile nous avons décidé de mettre nos forces en commun c’est pour maximiser les chances de rassembler les conditions optimales d’une paix durable au Tchad.[...]